Les grands magasins ne sont pas nés par hasard : ils sont le fruit de profonds bouleversements qui s’opèrent alors, tant à Paris que dans la France tout entière.

Explosion démographique, accroissement de l’épargne, développement des moyens de transport, réalisation des grands travaux d’urbanisme entrepris par le Baron Haussmann, naissance de la grande presse et donc de la publicité….
Il faut attendre l’avènement du Second Empire et l’action énergique du préfet Hausmann pour voir la capitale se transformer et quitter véritablement le Moyen Age pour son visage d’aujourd’hui.

De nombreuses mutations vont se produire dans la vie parisienne : urbanisme naissant, déclin du petit commerce, avènements des grands magasins.
Jusqu’au milieu du XIXème siècle, le petit commerce règne sans partage dans une société où les frontières de l’univers quotidien sont le plus souvent celles du quartier.
Dans leurs boutiques aux noms pittoresques les commerçants fixent leurs prix « à la tête du client » et la concurrence est quasi inexistante.
La seconde moitié de ce siècle et la révolution industrielle vont complètement bouleverser cette conception du commerce, héritée du Moyen Age. Les conditions économiques et les évolutions techniques rendent désormais possible l’existence d’un autre type de négoce : le grand magasin, offrant sous un même toit, au sein d’une architecture innovante, la marchandise la plus variée qui soit : de la Mode … aux dernières innovations techniques.

 

 

Une nouvelle conception du commerce 

 

 

Les grands magasins vont être des foyers d’innovations perpétuelles. Outre les audaces architecturales (poutrelles métalliques, verrières, ciment armé) dont ils sont le reflet, ils vont modifier profondément les relations entre les clients et les fournisseurs. On y trouve des prix fixes, on peut y entrer et circuler librement, on peut même y échanger une marchandise qui ne convient pas, et pour séduire le client, il s’y passe « tous les jours, quelque chose » (soldes, promotions, semaines spéciales, expositions à thèmes, concours, etc…)
Autre domaine où les grands magasins feront preuve d’audace : la publicité (affiches, catalogues, calendriers, réclames).
Les catalogues, seront des vecteurs fondamentaux dans le développement de ce nouveau type de commerce. Ils vont devenir les « vitrines » des grands magasins qui n’hésiteront pas à faire appel à des graphistes très connus pour en dessiner les couvertures. L’offre commerciale diverse et variée est « mise en scène » de manière élaborée, parfois luxueusement afin de faire rêver les clients et de leur donner envie de vivre dans de pareils décors.
Il faut constamment entretenir la croyance que le grand magasin, est celui qui « sait » et qui donne « le ton » dans tous les domaines de la vie familiale et sociale.
Dans le domaine de l’ameublement, décorer son appartement suivant les dernières tendances de l’Art Déco, par exemple, ne va plus être l ‘apanage de quelques richissimes personnes. Désormais les classes moyennes peuvent s’offrir un intérieur à leur goût, financièrement à leur portée, et que l’on n’hésitera pas à changer en tout ou en partie suivant l’évolution des besoins et des envies.
Dans le domaine de la mode, grâce au large choix d’articles proposés par ces magasins, les femmes vont avoir la possibilité de rivaliser à moindre prix avec les bourgeoises parisiennes.
Le succès du Bon Marché crée en 1852 par Aristide Boucicaut, fait des émules en Europe et en Amérique et en France bien sur où très vite d’autres grands magasins vont ouvrir leurs portes :

1855 : Les Magasins du Louvre (rue de Rivoli)
1856 : Le Bazar de l’Hôtel de Ville (près de l’Hôtel de Ville)
1865 : Le Printemps (quartier de l’Opéra)
1869 : La Samaritaine (au Pont Neuf)
1895 : Les Galeries Lafayette (quartier de l’Opéra)

Désormais les grands magasins vont « suivre le cours de l’histoire » en s’adaptant aux mutations profondes que va connaître la société française, et c’est ainsi que certains d’entre eux sauront franchir le cap du troisième millénaire.

 

 

La naissance du Bazar de l’Hôtel de Ville

 

C’est en 1852 que Xavier Ruel, quincaillier entreprenant, vend sa boutique de Lyon et accompagné de sa femme et de ses enfants, vient tenter sa chance à Paris et s’installe dans le quartier de l’Hôtel de Ville

Ambitieux et imaginatif, Xavier Ruel achète un stock de bonneterie qu’il entrepose à la périphérie de Paris, et recrute des camelots pour vendre cette marchandise dans les rues de la capitale. Il remarque très vite que quel que soit le vendeur qui se trouve dans le quartier de l’Hôtel de Ville c’est celui-ci qui revient le plus fréquemment se réapprovisionner au dépôt. Il décide donc de louer un local pour y ouvrir une boutique dans un lotissement en construction rue de Rivoli.

Très vite, l’affaire se révèle juteuse, et Xavier Ruel renouvelant son bail, secondé de son épouse, référence de nouveaux produits.

En 1855, un événement peu banal va renforcer son destin. Alors que l’impératrice Eugénie passe devant son magasin, les chevaux de son attelage soudain effrayés s’emballent furieusement. N’écoutant que son courage, Xavier Ruel se jette à leur tête et parvient à les maitriser. Une récompense lui est accordée pour cet acte héroïque.
Cette somme lui servira à agrandir son magasin qui selon la légende sera baptisé: le « Bazar Napoléon »

Les affaires continuent d’être florissantes et bientôt, en 1866, il prend en bail la plus grande partie de l’immeuble du 54 rue de Rivoli : trois étages sont consacrés à la vente et Xavier Ruel se lance également dans le commerce de gros et devient expéditeur de tabletterie.

 

 

Un homme d’action doublé d’un philanthrope

 

Mais Xavier Ruel n’est pas un homme obsédé seulement par la prospérité de ses affaires, il est aussi un philanthrope. Il s’implique dans les terribles évènements qui secouent son pays sous la Commune en faisant distribuer du pain aux indigents de son quartier, il organise pour ses employés des caisses de prêts, de secours, de retraite, il crée un dispensaire, il fonde une institution où les jeunes filles de la région parisienne peuvent se faire soigner… Impliqué dans la vie sociale, il s’engage en politique. Il sera réélu régulièrement Conseiller municipal de Paris et sera nommé en 1893 chevalier de la Légion d’honneur.

Quand il disparaît en 1900, Xavier Ruel laisse derrière lui une entreprise florissante, comptant huit cent employés. Celle ci s’appelle alors la Société Veuve Ruel et Compagnie, au capital de douze millions de francs

 

 

Le Bazar face à l’histoire

 

 

En 1901, le Bazar commence à vendre de la Mode mais reste fidèle aux comptoirs à prix fixe qui ont fait sa réussite. Le magasin est ouvert tous les jours de 9h à 19h30. Le personnel qui bénéficie d’un jour de congé tous les dix jours est rémunéré à la guelte.
En 1912, après vingt mois de travaux, le Bazar de l’Hôtel de Ville est prêt pour une nouvelle expansion. Ces travaux d’aménagements, qui ont bénéficié des techniques les plus modernes, donnent au BHV l’essentiel de sa structure couronnée par sa fameuse rotonde.

 

 

La consommation se « démocratise »

 

Après la première guerre mondiale, l’euphorie du retour à la paix est symbolisée par une véritable frénésie d’achats. Mais les ressources des ménages sont peu élevées. Les grands magasins trouvent alors leur voie en s’adressant directement aux classes moyennes : grâce à eux, la consommation se démocratise.

On assiste à cette même période aux premiers signes d’émancipation de la femme. En effet, c’est elle qui, suite à la mobilisation des hommes au front, a dû prendre en main famille, entreprise ou commerce. Au sortir de la Grande Guerre, certaines femmes revendiquent leur indépendance.

Les grands magasins vont jouer un rôle majeur dans ce mouvement d’émancipation. En effet les « demoiselles de magasin » sont à la fois un modèle de promotion professionnelle pour les femmes encore au foyer mais aussi un modèle d’élégance à « petits prix ». Etre à la mode n’est plus l’apanage de quelques unes.

Les grands magasins se doivent d’appliquer à long terme cette politique de petits prix. C’est dans cette optique qu’ils s’organisent en 1928, au sein de l’Association internationale des grands magasins. A début des années 30, le Bazar se restructure, installe ses entrepôts à Ivry sur Seine, change de statut et devient société anonyme.

En 1923, la création du Salon des Appareils Ménagers, ancêtre du Salon des Arts Ménagers, voit se presser une foule curieuse de découvrir toutes sortes de démonstrations d’appareils dont la vocation est de répondre d’améliorer et de simplifier les taches les plus diverses de la vie domestique et familiale.

Des 1926, le BHV, est présent et affiche sa vocation de grand magasin au service de l’aménagement et du confort de la maison, vocation qui ne cessera de s’affirmer.

La crise de 29, provoque des bouleversements économiques et des mouvements sociaux importants. Au début des années 30, les innovations sociales sont nombreuses : mise en place d’une législation du travail et des accidents de travail. En 1932, le Bazar est l’un des premiers magasins à adopter un système novateur d’allocations familiales, confirmant ainsi le caractère social dont il a fait preuve jusqu’alors à l’égard de ses employés.

L’avènement du Front populaire améliore nettement les conditions de vie des classes moyennes et instaure les congés payés et la semaine de 40 heures. La notion de « loisirs pour tous » est né : un formidable marché s’ouvre pour le Bazar…

 

 

 

De nouveau dans la tourmente 

 

Mais la paix ne dure pas et de nouveau la France est emportée dans la tourmente.

Pendant toute la seconde guerre mondiale, les difficultés d’approvisionnement du Bazar vont être éprouvantes. Les acheteurs de l’époque seront souvent contraints de partir à l’aventure, parfois en province, pour dénicher d’hypothétiques stocks de produits, payés à l’occasion  » au cul du camion  » et en liquide…

Le 25 Août 1944, le Bazar sera, de par sa situation, un témoin privilégié de la libération de Paris.

 

 

L’avènement de la société de consommation

 

L’immédiat après guerre connaît de grandes difficultés d’approvisionnement dans tous les domaines qui n ‘épargnent pas le BHV. L’entrepôt d’Ivry, quasiment détruit lors d’un bombardement, ne sera totalement achevé que dans les années 60. Le rayon alimentation connaît de graves problèmes de ravitaillement. Jusqu’en 1947, les clients sont obligés d’acheter tous leurs produits avec des bons d’approvisionnement.
Mais, petit à petit, on rouvre les étages fermés faute de marchandise. Ainsi le troisième et le quatrième se garnissent à nouveau. Le sous-sol qui au fil du temps deviendra le temple du bricolage et le cœur du BHV, est lui aussi dédié au commerce et s’ouvre aux clients.

 

 

 

Nouvelles avancées sociales 

 

Les années 50 sont symbolisées par de nouvelles grandes avancées sociales. En effet dès 1946, le système de la Sécurité sociale pour tous est instauré. Le BHV offre à ses salariés des primes supplémentaires : prime de natalité, de première naissance, de fête des Mères et de retraite. Cette année-là également sont institués les comités d’entreprise. Celui du BHV participera à de nombreuses réalisations sociales dans l’entreprise : les colonies de vacances, l’ouverture d’une salle de repos, d’une bibliothèque et la création d’un journal, etc…

En 1955, la convention collective des grands magasins est signée. Véritable balise du terrain social dans ce secteur, elle sera ensuite maintes fois modifiée.

Afin de s’adapter à la toute nouvelle société de consommation, le BHV innove et décide de créer en 1953, un service Clientèle. Plus qu’un bureau de réclamations, celui-ci est à même de régler les litiges et peut aussi conseiller les clients. C’est dans cet esprit que sera créé dans la foulée, à la fin de l’année 54, le Service familial, un organisme destiné à aider les clients dans leurs diverses démarches personnelles, qu’elles soient administratives, juridiques ou sociales.

En outre, le BHV est toujours à la pointe de l’innovation. En 1954, il inaugurera le premier escalator. Enfin, alors que la France commence à apprivoiser le téléphone, le BHV se dote d’un standard de téléphone à fil flambant neuf.

 

 

Le BHV dans la  » cour des grands «  

 

Inaugurées par l’entrée en Bourse du BHV, les années 60, qui verront également en 1969 les Nouvelles Galeries entrer dans le capital, seront un véritable tournant pour le BHV dans le domaine de son expansion.

A partir de 1964, pendant 10 ans, régulièrement un magasin BHV va ouvrir ses portes : d’abord à Paris rue de Flandre, puis dans la périphérie de la capitale : à Monthléry, et dans les centres commerciaux de Parly, Belle Epine, Rosny et Créteil.

Entre 1965 et 1966 de grands travaux de restructuration sont entrepris dans le magasin de la rue de Rivoli: aménagements divers, surélévation permettant de gagner un étage de plus, installation d’un système d’air conditionné (premier grand magasin à s’en équiper), etc…

Enfin, 1971 voit la fin des travaux avec l’ouverture d’un parking public doté d’un accès direct au magasin.

Les horaires d’ouverture sont eux aussi, mis au goût du jour. En 1963, le magasin reste ouvert jusqu’à 22heures tous les mercredis (nouveauté qui attire 25.000 clients « noctambules » le premier jour). En 1969, le BHV décide d’ouvrir le lundi à l’instar des Grands Magasins du Louvre. Et pour le personnel, une nouvelle salle de repos et un restaurant d’entreprise en libre-service contribuent à l’amélioration des conditions de travail.

Le développement du BHV ne s’exprime pas seulement en termes de surface de vente. L’offre de la Nouveauté va être considérablement élargie et va se développer dans tous les magasins.

A partir des années 70, le BHV en se basant sur des analyses de marché va orienter sa stratégie en fonction des nouveaux besoins clients. C’est ainsi qu’entre 1975 et 1979, des magasins spécialisés dans le bricolage et la décoration voient le jour : Villeneuve, Strasbourg, Limonest, La Part Dieu. Cette expansion rend nécessaire l’agrandissement des entrepôts d’Ivry.

En 1975, également est créé le BHV service N°1 assurant le service après-vente des produits techniques vendus.

Un nouveau mode de financement fait également son apparition au cours de la décennie avec la création de la carte de crédit Cofinoga. Cette carte deviendra le support d’une offre promotionnelle inédite en France : le crédit gratuit. Elle remportera d’emblée un vif succès auprès d’une clientèle avide d’équipement.

A partir de 1980, un certain nombre d’innovations se succèdent afin de faire face à une concurrence de plus en plus active, affirmant la différence du BHV : nouvelle méthode de gestion plus rigoureuse, informatisation de l’ensemble des services et rayons, développement des offres de services, signature de différends accords d’affiliation et de franchise.

A partir de 1987, la mise en place d’un plan de modernisation important pour Rivoli et la périphérie permet d’améliorer l’image du BHV et d’assurer un meilleur accueil dans un espace réaménagé et adapté aux besoins des consommateurs.

 

 

Préparer l’an 2000 

 

Les années 90 voient les enjeux de l’entreprise se multiplier.

Entré dans le Groupe Galeries Lafayette en 1991, le BHV poursuit sa préoccupation première: répondre au mieux aux attentes des  » nouveaux consommateurs « , faire face aux attaques incessantes de la concurrence et mieux s’adapter au nouveau contexte politique, économique et social.

A la fin des années 90, l’ouverture des magasins de Caen et Beyrouth au Liban font partie des dernières expansions de l’entreprise pour ce siècle

 

 

Le BHV du Troisième Millénaire « 2000 idées pour l’an 2000″ 

 

L‘influence de la révolution industrielle, la renaissance des Arts Décoratifs dès la fin du XIXème siècle, les expositions universelles, le Salon des Appareils Ménagers, etc, ont été à la source d’une explosion de talents dans tous les corps de métiers liés à la décoration et à l’aménagement de la maison. Les grands magasins ont eu dès leur naissance une vocation de « mécènes » et nombreux jeunes créateurs ont pu y trouver un lieu d’accueil. Les grands magasins deviennent alors partie prenante de cette création et paraissent ainsi aux yeux de ce qui les fréquentent en accord avec leur temps, voir des précurseurs.

C’est en renouant avec l’esprit de la création que le BHV est entré de plain-pied dans le 3ème millénaire. Pendant un an, 4 jeunes designers ont été invités à exposer à Rivoli et dans certains magasins de la chaîne parisienne, des objets de la vie quotidienne conçus à partir de pièces et de produits détournés, tous vendus au BHV.
Une nouvelle allure

 

Commencés dans les années 90, les travaux de restructuration du magasin de la rue de Rivoli suivent leurs cours : façade rénovée, ouverture de vitrines extérieures, escalators  » design « , transformations de surfaces administratives en surfaces commerciales, mais aussi réaménagements de nombreux rayons, nouvel espace Luminaire, ouverture du BHV Homme, inauguration du nouvel Espace Femme, rénovation du sous-sol « la plus grande boîte à outils de Paris », etc.

A l’esprit du BHV basé sur l’accueil, le service, le professionnalisme, le choix est venu s’ajouter une nouvelle donnée : la promesse de plaisir et de confort dans les achats indissociables des nouveaux modes de consommation Les autres magasins du groupe sont en cours de réaménagement, et seront également les témoins de ce nouveau concept.