Paris est un grand village dont le BHV est la place du marché

Créer “le meilleur marché de tout Paris”, telle est l’ambition du bimbelotier ardéchois François Xavier Ruel lorsqu’il s’installe en 1856 avec sa femme au 54 rue de Rivoli où il crée un comptoir de vente. Le Grand Bazar de l’Hôtel de Ville n’est alors qu’un petit magasin, situé sur un emplacement de choix: la rue de Rivoli, récemment percée dans le Paris du Préfet Haussmann. Peu à peu, et jusqu’à sa mort en 1900, F.X. Ruel développe son magasin en acquérant progressivement les immeubles constituant l’îlot compris entre les rues des Archives, de Rivoli, du Temple et de la Verrerie afin d’en faire ce qu’il est aujourd’hui, l’un des établissements phares du Marais.

Alors que la mort l’emporte en 1900, la carrière et les qualités de philanthrope de cet homme sont louées. Sa femme, Marie-Madeleine, ses filles et ses gendres reprennent l’affaire qui compte plus de 1000 employés. Les prix fixes et les agrandissements successifs du magasin lui ont permis de vendre toutes sortes de marchandises et pour toutes les bourses. Sous les quatre grandes verrières du magasin se trouvent tant des comptoirs à 0,05 francs que des bijoux de luxe. L'orientation jouets, bazar et mode donnée dès les débuts par la famille Ruel, se lit sur les catalogues, affiches et sur la façade. En 1913, le bâtiment est agrandi et une rotonde est construite par Auguste Roy : elle bouleverse le profil de la rue, face à l’Hôtel de Ville et devient l’emblème architectural du magasin. Au-dessus de l’entrée principale, des putti veillent, représentant chacun un rayon ou métier liés au Grand Bazar de l’Hôtel de Ville.

Marcel Duchamp acquiert en 1914 un porte-bouteille au rayon cave à vin: il en fait un ready-made en 1916 et bouleverse ainsi les notions d’œuvre d’art. Ce geste témoigne de l’attrait toujours renouvelé des artistes pour le magasin. Durant la Première Guerre mondiale, la direction amplifie ses actions sociales et crée un ouvroir au sein du Grand Bazar de l’Hôtel de Ville, doublant les dispensaires et pensions alimentaires déjà en place. Dans l’entre-deux-guerres le magasin connait un renouveau: il affirme son orientation mode, la petite-fille de F.X. Ruel, May Lillaz, finançant même les débuts de la maison de couture Madeleine Vionnet.

Dès les années 1920, les illuminations de la rotonde du Bazar de l’Hôtel de Ville embellissent la rue de Rivoli chaque hiver. Eléphant, clowns, perroquet ou sapins de Noël lumineux s’y succèdent, pour enchanter petits et grands. Chaque année, le magasin participe au Salon des Arts ménagers créé en 1923 et installé au Grand Palais. Il y présente les dernières innovations technologiques à destination des foyers. En 1924, l’enseigne du grand magasin devient «Bazar de l’Hôtel de Ville». Après les accords Matignon de 1936 et le vote des congés payés, de nouveaux secteurs sont développés: le camping et les loisirs, qui y prennent de plus en plus d’importance.

Durant la Seconde guerre mondiale, Le Bazar de l’Hôtel de Ville reste ouvert. Une partie du personnel est réquisitionné et la direction s’engage auprès d’un groupe de résistants en leur apportant soutien financier et matériel. Les axes de circulation, contrôlés et bloqués en partie dans le Nord de la France, interrompent la circulation des marchandises. La libération de Paris est célébrée en fanfare sur la place de l’Hôtel de Ville, sous les fenêtres du magasin. Dans l’immédiat après-guerre, la reprise des activités commerciales reste difficile par manque de marchandises disponibles. Les acheteurs sillonnent les routes à la recherche de produits et les grands magasins adaptent leur offre suite à cette période de pénurie.

Le renouveau d’après-guerre, la société de consommation et l’équipement des foyers pendant les années 1950 élargissent les secteurs d’activités du Bazar de l’Hôtel de Ville.
Le magasin rivalise à nouveau d’ingéniosité dans la création de stands au Salon des Arts Ménagers et dévoile un nouveau logo dès 1951 qui prend le nom «BHV». Les descendants de F.X. Ruel font appel aux créateurs d’avant-garde pour moderniser le magasin. Georges Lillaz s’entoure de Raymond Loewy, célèbre designer, afin de rendre les espaces intérieurs plus confortables. Le film Poisson d’Avril, avec Bourvil et Louis De Funès, est tourné en 1954 au sein des rayons!
Les actions philanthropiques sont poursuivies par la famille: le magasin s’engage auprès d’Emmaüs dès ses débuts en mettant notamment les camions de livraison du BHV à disposition de la jeune association lors du rude hiver 1954. Un soutien particulier est apporté à la recherche scientifique: les équipes du BHV apportent leur aide à Auguste Picard pour développer un sous-marin, ensuite exposé au 1er étage. Dès 1963, et pour la première fois dans un grand magasin, les clients sont accueillis en nocturne tous les mercredis par une nouvelle mascotte, la chouette!

En 1964, le BHV développe son réseau de magasins en France: la première succursale ouvre avenue de Flandre. Rue de Rivoli, c’est l’ensemble du magasin qui est transformé jusqu’en 1966 par l’architecte Louis Arretche qui travaille également sur la rénovation du quartier du Marais. Dès 1968, des coopérations se mettent en place avec le groupe de la Société Française des Nouvelles Galeries Réunies afin de développer l’enseigne: il en devient peu à peu le principal actionnaire. Le BHV développe ses rayons d’aménagements intérieurs et prône le «Faites le vous-même», précurseur de l’actuel Do It yourself. Il s’oriente vers le confort de la maison dès 1974: le logo change également, les lettres se couvrent d’un petit toit évoquant la douceur du Home sweet home! L’accent est mis sur les services à la clientèle, qui sont développés. En 1975 le bureau «Installation-service» propose l’intervention de techniciens à domicile: en 1987, il compte 160 dépanneurs pour la région Parisienne. Des facilités de paiement et le crédit à la consommation permettent aux ménages de s’équiper plus facilement: la carte BHV-Cofinoga est mise en place en 1984.

En 1991, le groupe Galeries Lafayette se porte acquéreur de la Société Française des Nouvelles Galeries Réunies et le BHV. Jusqu’à aujourd’hui, les succursales sont transformées et peu à peu le magasin rue de Rivoli est rénové. En 1998, il est l’un des premiers grands magasins à s’équiper de deux sites internet dédiés. Exploit technique, en 1999 les 14 escalators de la rue de Rivoli sont remplacés en une nuit!
Dans les années 2000, la part belle est faite aux créateurs: Andrée Putmanest commissaire d’une exposition ambitieuse en 2001 et plusieurs artistes revisitent le ready-made au sein de l’Observatoire en 2010. Tandis que le BHV Homme est créé en 2007, une nouvelle page se dessine dès les années 2010. En 2013, façade et intérieurs sont rénovés et le concept BHV MARAIS dévoilé. L’agence Jamie Fobert Architects réalise en 2015 de nouveaux espaces de vente dédiés à l’homme rue des Archives. Fier de son héritage, il en reprend les codes, modernisés … et célèbre, en 2016, 160 ans de création et d’avant-garde!

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